« La faute à l’orthographe » ou bien à celle de ceux qui l’utilisent à d’autres fins?

Pour réussir à mémoriser l’ensemble des règles en vigueur, l’ensemble des subtilités et des exceptions qui confirment ou infirment telles ou telles acceptions de la langue française, il faut peut-être plusieurs vies… Et encore, car de réforme en réforme, il y a parfois même matière à en perdre son latin… et son grec à la fois! 

Les deux premières vidéos que vous avez pu découvrir expliquaient  à quel point  la langue française est victime de ses propres règles, édictées dans des conditions historiques, sociales et politiques fluctuantes qui n’ont finalement pas encore permis une quelconque simplification… Ainsi, de multiples subtilités se sont cumulées au lieu de participer à rendre cohérentes, lisibles, compréhensibles et efficientes les réformes successives. 

La dernière en date, celle qui mérite qu’on s’y arrête, date de combien de temps, d’après-vous? 5 ans, 10 ans, 20 ans? Pourquoi est-ce si peu clair dans nos esprits d’enseignants? Il y a peut-être une raison… 

Petit aperçu historico-politique du calendrier de cette réforme un peu particulière :

Donc, la  dernière réforme orthographique de référence date de 32 ans!!!! 

Ce « nouveau » référentiel  est censé être en vigueur depuis 1990…

Pourquoi ne l’est-il pas dans les faits? 

En voici le PDF officiel : ( bon courage…)

https://www.academie-francaise.fr/sites/academie-francaise.fr/files/rectifications_1990.pdf

Et une version édulcorée : ( ouf, …merci)

https://www.orthographe-recommandee.info/enseignement/regles.pdf

D’où viennent les résistances? Est-ce un juste retour des choses? 

En France, la moindre réflexion ou inflexion touchant la langue française a pour conséquence des leviers de boucliers, des cris d’orfraie, des anathèmes, des autodafés voire des décideurs voués aux gémonies.

Et c’est ce qui s’est plus ou moins passé :

La réforme, préparée tout au long du premier septennat de François Mitterand, appuyée par un gouvernement de gauche progressiste, bénéficie aussi du fait que siègent à l’Assemblée nationale, un grand nombre d’enseignants devenus député(e)s : le terrain était donc tout à fait favorable à la mise en place de cette réforme, signe fort d’un changement tendant vers une supposée simplification de la langue française… En 1988, Francois Mitterand  est réélu et la réforme va donc pouvoir être mise en place. Elle est promulguée en 1990, il y a débat dans la société car la réforme ne fait pas consensus et le temps passe… Jusqu’en mars 1993, où les élections législatives inversent la tendance et donne le pouvoir à la droite : la cohabitation met en place une gouvernance qui n’est plus favorable du tout à cette réforme. Elle va donc être mise aux oubliettes… Jusqu’à quand me direz-vous? Et bien tant que la droite va rester au pouvoir, c’est à dire jusqu’en 2012… Près de 20 ans de silence-radio pour notre réforme qui n’en finit plus de se faire attendre dans les faits. Ainsi, en mai-juin 2012, quelques semaines après la prise de fonction de Francois Hollande, tous les professeurs de français ont reçu un courrier de la part du ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon, nous enjoignant de tenir compte des éléments contenus dans la réforme de 1990 dans nos corrections du brevet des collèges et du baccalauréat. 

Ainsi, nous avons été très largement incités par nos hiérarchies institutionnelles à transmettre ce nouveau code et cette pression sera maintenue tous les ans, jusqu’en 2017… En effet, avec l’actuel gouvernement, c’est un consensus mou sur le sujet qui aboutit à ceci en préambule officiel sur le site du ministère lui-même…: « Il ne revient pas au ministère de l’Éducation nationale de déterminer les règles en vigueur dans la langue française. Ce travail revient à l’Académie française, depuis Richelieu. » 

Là, où les professeurs peuvent quoi qu’il en soit commencer soit à se tirer les cheveux, soit à se détendre, c’est que voici ce qui sous-tend OFFICIELLEMENT l’esprit de cette vraie-fausse réforme : «  Ces rectifications touchent environ 2400 mots. Néanmoins, elles ne sauraient être imposées, les deux orthographes demeurent donc justes. »

Nous y voici, la question est bien là : quelle posture adopter par le ou la professeur(e) qui est censé(e) savoir et être ainsi garant(e)de la « doxa »? Mais de quelle « doxa » voulons-nous parler puisque manifestement, il y en a désormais plusieurs en même temps? 

Celle du pouvoir en place qui change tous les 5 ans désormais? Auquel cas, l’enseignant devient complice du système en place, quel qu’il soit, jusqu’à devoir promouvoir des options contraires de manière cyclique, à chaque fois que le gouvernement change de tendance, jusqu’à l’absurde donc … via les fameuses injonctions paradoxales… 

Tantôt la doxa des « anciens » qui s’appuient sur l’histoire de la langue et ses traditions pour poser un cadre rassurant avec des méthodes éprouvées et parfois éprouvantes…? 

Tantôt la doxa des  » modernes » qui promeuvent une approche plus efficace, plus souple, plus facilitante, parfois trop…?

 Et puis, au-delà , oui, il y a les usagers qui se moquent des codes pour ré-inventer leur propre langue à  tous les coins de rue jusqu’à inverser les règles… Rendons-nous à  l’évidence, il n’y a pas une langue française figée dans le marbre mais bien des langues françaises éminemment vivantes, parfois insaisissables, et c’est pour cela que nous y sommes toutes et tous attachés de par sa complexité, sa richesse, ses nuances et ses accents. Merci à nous toutes et tous, d’être à son service contre vents et marées, des vents souvent contraires et des marées changeantes…

Et pour finir, voici une petite intervention de votre serviteur sur le concept d’erreur, cher à Jean-Pierre Astolfi …afin de mieux DEDRAMATISER…

Pour poursuivre votre réflexion, voici une référence incontournable : http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2018/06/29062018Article636658542933698078.aspx